Existe-t-il une littérature des étangs ? Qu'est-ce qui rapproche L'Etang de l'Or de Gaston Baissette de Boue et roseaux de Vicente Blasco Ibanez ? Delta, lagune, étang, marais, barraque, cabane, hutte, négafol, llaüt...Autant d'images et de "mots déclencheurs" d'un monde perdu ou en voie de disparition. Ces romans évoquent surtout des paysages magnétiques qui impriment leur marque sur les récits et le style de ces romans, - une influence décrite par André Vinas dans son essai, A la recherche d'étangs perdus.
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Elle rêvait souvent du village de Leucate qu'elle apercevait au loin, solidement ancré sur sa pyramide rocheuse, bien à l'abri des naufrages. » Joseph d'ARBAUD La Bête du Vaccarès.- Grasset, 1985.- (Les Cahiers rouges)Edition bilingue français-provençalCote : ARBAu printemps 1417, Jacques Roubaud, gardian de la manade de Malagroy - mais plus instruit qu'on ne l'est d'ordinaire dans son état parcequ'il fut longtemps destiné à la prêtrise - entreprend de consigner pour la postérité les faits extraordinaires dont il a été témoin. Au hasard de ses randonnées à cheval, Roubaud a rencontré une bête étrange ; elle avait le corps d'une chèvre et le visage d'un vieil homme. Et elle parlait. Elle assurait l'ancien escholier qu'elle n'était pas une créature du diable mais un demi-dieu déchu, chassé de tous les lieux et condamné à finir sa vie dans la solitude des marais. Après la première stupeur et le premier effroi, naît la compassion, puis dans le cœur du gardian un sentiment qu'il reconnaît avec étonnement pour de l'amitié.« Il faut connaître la Camargue et avoir mené une vie de gardian, pour savoir la tyrannie que peut exercer sur l'âme une idée unique, alors que l'homme, sans aucune voix qui lui réponde, s'en va par l'étendue, à cheval, avec son rêve, comme une barque qui navigue dans les solitudes de la mer. » Paru en 1926, La Bête du Vaccarès, monument du renouveau de la langue provençale, se prête à de très nombreuses lectures : « un conte sauvage et tendre sur le vieillissement et sur la mort des grands mythes » (Charles Maurras), récit fantastique, poème sur la folie née de la solitude des marais et sur la rencontre de l'autre.Pendant plusieurs années, Joseph d'Arbaud se retire en Camargue, aux Clos du radeau, près de Fos. Il habite une cahute couverte de roseaux et mène la rude existence des gardians, parmi les chevaux et les taureaux sauvages. Gaston BAISSETTE L'Etang de l'Or.- Presses du Languedoc, 1980photographies de l'auteur, préface de Claude ChabrolCote : R BAIAvec L'Etang de l'Or, paru en 1946, « livre-musique » des étangs de l'Or, de Pérols, de l'Arnel, du Prévost, nous découvrons, entre mer et garrigue, ce monde mystérieux des eaux dormantes, des canaux aux errances sans fin. Monde coloré des pêcheurs d'anguilles, des cabanes enfouies dans les roseaux, des barques glissant sur les canalettes qui gardent encore le souvenir des Romains, des Phéniciens, des marchands du Moyen Age quand Maguelone étatit capitale et Lattes port méditerranéen.« A mesure qu'on s'avance, le paysage se transforme avec rapidité. Le bruit du vent dans les herbes m'incite à penser à une musique où le thème balbutiant de l'eau reparaît avec une force tremblante et plus décidée, s'enrichit dans le motif grandissant de la nature sauvage, cependant que l'affirmation majeure du sol cultivé et de la domination de l'homme hésite à son tour, se dilue dans les basses et les contre-chants. Le canal s'élargit, des chandelles de roseaux s'élancent, de l'eau stagne au dessus des vases. Les traces de culture disparaissent, chassées par une herbe jaune. Un goût salin imprègne l'air, les tamaris agitent leurs cheuveux au-dessus des barques à fond plat ; puis le canal s'étend dans toute sa largeur navigable, bordé sur ses deux rives de cabanes, jusqu'à l'étang. La nature ici n'a rien trouvé d'autre pour atteindre un de ces modestes bouts de l'Europe, que cette lagune délaissée, avec au fond, la ligne étincelante du lido qui souligne de son dernier trait la fin-des-terres, au-delà de quoi, sans marées, s'impose la grande mer du milieu-des-terres. » « (La cabane) était pour la branche des cultivateurs Melgoriens le signe de l'indépendance, du détachement vis à vis de la terre, de la libération ; ils échappaient, grâce à la cabane, au cycle implacable du labour, de la taille, du sulfate, de la vendange. » Pierre BOSC Malaïgue ou l'étang de feu.- Les Publications de l'Olivier, 2001préface et illustrations d'André VinasCote : R BOS« Un livre fort que ce roman d'amour non pas seulement pour une femme, mais pour une terre aux prises dans un combat, ô combien inégal, avec les blindés du temps de paix que sont de nos jours les bulldozers et les pelles mécaniques. » (André Vinas ) Henri BOSCO Malicroix.- Gallimard.- (Folio ;397)Cote : R BOSRoman d'initiation et d'introspection , roman d'aventure.A sa mort, Cornélius de Malicroix, laisse en héritage à son filleul Mégremut, des terres dans les marécages, quelque bétail, une masure...et une épreuve :« Eh bien, mon enfant, c'est à vous que je confie le soin de recommencer cette difficile aventure. Vous ferez, il le faut, en Malicroix, ce que Cornélius n'a pas pu faire. C'est le 16 juillet de l'an qui doit venir après ma mort, que, seul, embarqué sur le bac avec le batelier aveugle, vous irez au milieu du fleuve pour y trancher le cable : et vous descendrez droit sur le ranc, au milieu des tourbillons... »« Tout à coup, dans une clairière, j'entrevis une construction basse, aux murailles blanchâtres. Le vieux s'y dirigea. Il poussa une porte, disparut, puis battit un briquet et alluma une petite lampe. Elle éclaira une pièce modeste, aux murs peints à la chaux. Au fond, un âtre où brûlait un maigre feu de racines. Le reste se perdait dans l'ombre. Car la lampe (un lumignon faible, accroché sur la cheminée contre le mur) n'éclairait guère.-Vous voilà chez vous, dit le vieux.J'allais pousser la porte. Je mis le verrou. Après quoi, je décrochais la lampe pour mieux voir la pièce. Elle était basse, longue et plafonnée de roseaux. Peu de meubles. Devant le feu, un fauteuil de bois et un tabouret. Contre le mur du fond un lit bas en fer. Par-dessus, suspendu à deux clous, horizontalement, un vieux fusil. Au chevet, une croix faite de deux roseaux. Au pied, un coffre. Sur le sol de terre battue, deux nattes de jonc. Les quatre murs et le plafond en bon état, blanchis, et le sol propre. A part le feu qui remuait faiblement sur ses cendres, tout semblait pris dans une immobilité surnaturelle. Et, cependant, cela vivait ; mais comme peut, hors du réel, vivre immobile, une pensée réduite à sa seule présence. » Jean JOUBERT L'Homme de sable.-Actes sud, 2001.- (Babel ; 468)Cote : R JOUAutre parabole nourrie de la protestation contre « l'aménagement du littoral », méditation sur les évolutions de notre société contemporaine, L'Homme de sable a reçu le prix Renaudot en 1975.Sur une côte du Sud, entre mer et marais, une ville inachevée peu à peu s'enlise et seuls quelques rôdeurs hantent les cavernes de ciment, où le soir, s'allument des feux. Autour de ces ruines modernes, un désert d'eau, de sable et de vent. Pourquoi le projet ambitieux de l'architecte Simon Urbain a-t-il finalement échoué ? Homme de sable dans une ville de sable, le narrateur se souvient : les éléments contraires, les hommes du marais, les femmes, les sorcières, les oiseaux... Joseph PEYRE L'Etang Réal, dans Gens de Camargue et de bouvine.-Omnibus, 1999.-Cote : R PEYEcrit en 1948,roman d'initiation dans ce microcosme vivant de la Camargue.« Les apparences, dès l'abord, furent pour une espèce de magie. J'en conviens, bien que pour moi, dans cette histoire, il n'y a jamais eu de magie, mais un simple accomplissement. » René-Jules SOULES Le Braconnier du petit Rhone : des récits émouvants, un documentaire. - Culture Provençale et Méridionale, 1982. - (Camargue secrète) .Cote: R SOU. ROMANS D'AUTRES RIVES BANGLADESH Manik BANERJEE Le Batelier de la Padma.- L'Harmattan, 1986.- (Lettres asiatiques)Cote : R BANManik Banerjee nous fait découvrir la vie d'un batelier et de sa famille sur la Padma, autre nom du Gange. Au fil d'une intrigue passionnelle, l'existence misérable, l'amour, la mesquinerie et la lutte quotidienne pour la survie nous conduisent à travers cette région du plus grand delta du monde, « un delta qui est à lui seul un pays, un pays qui n'est rien d'autre qu'un delta, gigantesque labyrinthe liquide étalé le long du golfe du Bengale. Ce « Golden Bengal », que Marco Polo vit comme le paradis terrestre. » (Chantal Aubry Les Deltas du monde)Manik Banerjee est un des plus grands romanciers bengalis.« De l'eau, toujours de l'eau, et le courant incessant de la vie, sur le fleuve et sur la terre. » INDE Amitav GHOSH Le Pays des marées.-Robert Laffont, 2006.- (Pavillons)Cote : R GHORoman sur la société indienne d'aujourd'hui, résolument moderne dans sa facture, plongeant ses racines dans les mythes et les contes de l'Inde, ce dernier roman d'Amitav Ghosh nous entraîne au cœur de l'archipel des Sundarbans, au sud de Calcutta, où se croisent les destins d'un homme d'affaire sophistiqué de Calcutta, d'une cétologue américaine d'origine indienne, et d'un pêcheur illéttré. Roman d'amour, roman initiatique au souffle épique !« Les heures passent lentement, comme toujours quand on est dans l'attente d'on ne sait quoi : cela me rappelle les instants précédant l'arrivée d'un cyclone, alors qu'on s'est barricadé dans son abri et qu'il ne vous reste plus qu'à attendre. Ces intants refusent de passer : l'air demeure immobile et lourd. On croirait que le temps lui-même a été ralenti par le contact de la peur."En d'autres circonstances j'aurais essayé de lire. Mais je n'ai rien avec moi à part ce carnet, un stylo à bille, un crayon et mes exemplaires des Elégies de Duino en bangla et en anglais. D'ailleurs, il m'aurait été impossible de lire, dans les heures précédant celle-ci, car c'est à peine l'aube et je me trouve dans une hutte au toit de chaume sans la moindre bougie. Par un interstice dans la paroi de bambou, j'aperçois le Garal, une des rivières qui baignent l'île. le soleil vient de se montrer à l'est et, comme pour aller à sa rencontre, la marée aussi monte très vite. Les îles voisines disparaîssent peu à peu sous l'eau et bientôt, tels des icebergs dans une mer polaire, elles seront en grande partie cachées ; seules les cimes des arbres les plus hauts resteront visibles. Déjà leurs bancs de vase et de racines palmées qui les maintiennent ensemble se décolorent comme des fantômes, miroitant sous la surface, pareil à des hauts-fonds d'algues remués par les vagues. Au loin, se préparant à l'inondation, un vol de hérons glisse sur l'eau : chassés d'une île qui sombre, ils se sont envolés à la recherche d'un perchoir plus sûr. Bref, une aube belle comme seule une aube du pays des marées peut l'être.Cette hutte ne m'appartient pas. J'y suis invité. Elle appartient à quelqu'un que tu as connu autrefois : Kusum. Elle y a vécu pendant un an avec son fils. En contemplant la scène devant moi, je ne peux m'empêcher de me demander ce qu' a signifié pour eux - Fokir, Kusum - de se réveiller avec ce spectacle durant la plus grande partie de l'année. L'ont-ils considéré comme une récompense pour tout ce qu'ils avaient dû subir ? Qui pourrait se vanter de connaître la réponse ? En cet instant, à l'affût, je ne peux que songer aux paroles du Poète :Car le Beau n'est rien d'autreQue le commencement du terrible, quand c'est tout justeSi nous l'endurons encore,Et nous l'admirons parcequ'il dédaigne avec indifférenceDe nous détruire. » Espagne Vicente BLASCO IBANEZ Boue et roseaux.- Ed. Ombres, 2000Cote : R BLAElevés dans la nature sauvage et mystérieuse des marais valenciens de l'Albufera, Neleta et Tonet s'aiment depuis l'enfance. Mais, dans cette population misérable de pêcheurs, le destin de l'orpheline et celui du dernier fils des Paloma divergent. Tandis que le jeune homme part faire la guerre à Cuba, la jeune femme, dévorée par l'ambition épouse l'homme le plus riche du village. Au retour de Tonet, les retrouvailles des amants, leurs amours clandestines, l'intransigeance de Neleta les pousseront à commettre un crime terrible.Publié en 1902, ce roman naturaliste dresse un portrait impitoyable des conditions de vie des pêcheurs de l'Albufera, avant que la riziculture ne s'impose.« Errant au hasard au milieu de la forêt, au centre de laquelle ils n'étaient jamais venus, ils virent l'aspect du paysage se transformer rapidemment. Ils s'enfonçaient entre les buissons dans les creux du terrain jusqu'à se trouver dans une obscurité crépusculaire. Un grondement incessant, de plus en plus proche, se faisait entendre. C'était la mer qui battait la plage de l'autre côté de la chaîne de dunes qui fermait l'horizon.Les pins n'étaient pas droits et gaillards comme du côté du lac. Leurs troncs étaient tordus ; leur branchage était presque blanc et les cimes se courbaient vers le bas. Tous les arbres poussaient penchés dans la même direction comme si un vent de tempête invisible soufflait dans le calme profond de l'après-midi. Le vent de la mer, lors des grandes tempêtes, tourmentait ce côté-ci de la forêt et lui donnait un aspect lugubre. » Jesus Moncada Les Bateliers de l'Ebre. - Paris : Seuil,1992.Cote : R MONLes Bateliers de l’Èbre évoque la disparition d’une ville située au confluent de l’Èbre et du Sègre, qui fut naguère le centre d’un important bassin minier et d’un immense trafic fluvial avant d’être condamnée à être engloutie sous les eaux d’un barrage.Au rythme des guerres coloniales, des rébellions anarchistes, de la guerre civile puis des années difficiles du franquisme, une foison de personnages inoubliables peuples les rues de la ville, le quai des Veuves, le casino de la Roda, la place d'armes et les Ilaüts, ces felouques qui sillonnent l'Èbre chargées de lignite. Le vieil Arquimedes Quintana, patron de Ilaüt et prince du fleuve, Honorat del Rom, apothicaire rebelle, le peintre Aleix de Sagarra, la famille Torres y Camps qui, du salon des vierges martyres, règne sur la ville, composent une mémoire collective tourbillonnant au vent d'un passé riche en heurs et en malheurs. Cette magistrale fresque narrative pleine d’humour et de nostalgie classe ce roman parmi les grandes œuvres de la littérature catalane contemporaine. Pays imaginaires Julien GRACQ Le Rivage des Syrtes.- Corti, 2004Publié en 1951Cote : GRAUn jeune homme est envoyé dans une garnison lointaine pour surveiller la mer des Syrtes et le Farghestan avec lequel la République d'Orsenna est en guerre depuis trois cent ans. La région qu'à Orsenna on nomme le rivage des Syrtes est quasiment un désert, sablonneux et marécageux. L'attente s'installe, tandis que des rumeurs de menaces s'enflent à Maremma, seule ville au bord de la lagune qui ait réussi à se maintenir vivante. POESIE - RECITS Folco de BARONCELLI Récits camarguais.- L'aucèu libre, 2003Edition bilingue français-provençalCote : E 849 BAREdités en 1935, ces courts récits, contes, anecdotes, évoquent l'île de Camargue : visions de gardians, de chevaux, de loup, « vol de femmes » sortant de la grand'messe... Alexandre LANGLADE L'Estanc de l'Ort dans Poésies languedociennes.- Association A. Langlade, 1989Edition bilingue français-occitanCote : P 849 LANNé à Lansargues le 14 octobre 1820, Alexandre Langlade écrit la totalité de son œuvre lyrique entre 1872 et 1873 dans le dialecte languedocien.« Voyez ! Il (l'étang)croit à vue d'œil ; - le Vidourle s'y jette comme un furieux ; - il déchirera bientôt sa ceinture, - sa ceinture verte à longs plis, - tissée de masse d'eau, de laiche, - où commencent les roseaux - et s'entassent les détritus de toute sorte. - Et toujours il croit. La digue - qui dans ses contours l'enserre, - est submergée ; dans Boulas-Rond, - l'Averne, la Plaine de Pierre-Fiche - il se jette, se répand dans toute sa longueur ; - il inonde Cousse, Mourre-Long, - il couvre de limon Patus, il noie Cairelle, - il couche joncs, soude, narcisse, - enfin il finit par couvrir, - ou de course ou de recul, - toute la lisière de terrain - qui de Carnon jusqu'à Calade, - ceint son immense lit, - chaume malsain et mouvant, - où la fièvre prend naissance - et que le vent de mer répand - avec les puantes odeurs - de l'humidité suintée en août. » Frédéric MISTRAL Mireille : poème provençal.- Marcel Petit, 1994Edition bilingue français-provençalCote : P 849 MIS1859, première édition de ce long poème épique qui connut un succès mémorable.« Sous les feux que juin verse comme l'éclair, Mireille court et court, et court ! De soleil en soleil et de vent en vent, elle voit une plaine immense ; des savanes qui n'ont à l'œil ni pin ni ferme de loin et pour toute végétation, de rares tamaris...et la mer qui paraît. » ESSAIS Gaston BACHELARD L'Eau et les rêves : essai sur l'imagination de la matière.- Corti, 1997Cote : 194 BACPoursuivant son entreprise d'une phénoménologie de l'image poétique, Gaston Bachelard dédie de très belles pages aux eaux dormantes des étangs et des marais dans la littérature. Juan José SAER Le Fleuve sans rives.- Julliard, 1992Cote : E 864.64Le Rio de la Plata constitue l'un des plus vastes estuaires du monde. Eau douce et eau salée s'y mêlent progressivement sans qu'apparaisse la moindre transition.L'auteur de L'Occasion (Prix Nadal 1987) traite en romancier autant qu'en essayiste l'histoire sociologique et intellectuelle de cette terre de contrastes, où se côtoient violence et douceur de vivre, richesse et misère, tolérance et répression.« Dépourvu d'arbres, de pierres, de faune cynégétique, de métaux précieux, ce lieu n'a jamais été qu'un lieu de passage. Il était pauvre, non seulement à cause de l'absence de ressources indispensables à la survie, mais aussi dans son aspect, esthétiquement pauvre, avec deux déserts, l'un terrestre, l'autre aquatique, juxtaposés presque sans solution de continuité, comme si au point de rencontre de l'un et de l'autre, la terre plate se liquéfiait et ayant pris la même couleur que l'eau devenait encore plus instable. » Wilfred THESIGER Les Arabes des marais : Tigre et Euphrate.- Plon.- (Terre humaine).Cote : 305 892 7 THEUn des derniers explorateurs de la tradition britannique, Wilfred Thesiger relate dans ce récit les sept années passées auprès des Maadan, arabes chiites du Sud irakien, tribus de pêcheurs et de chasseurs, qui vivent au milieu des douze mille kilomètres carrés de marécages formés par la réunion du Tigre et de l'Euphrate. Témoignage fidèle sur une culture millénaire, essai sur la recherche de soi à travers les épreuves d'une vie exceptionnelle, ce livre est aussi celui d'un grand écrivain.« Un lac large de plus de deux kilomètres s'ouvrait devant nous. La surface ridée par une brise légère était d'un bleu foncé étincelant. Sadam me dit qu'il s'appellait le Dima. Les Maadans avaient, au niveau local, un nom pour tous les points d'eau, y compris les mares, et aussi pour tous les ruisseaux et fourrés de roseaux, mais cela se limitait, en général, à leur environnement immédiat.-On contourne ou on traverse ? demanda Sadam ?Sahain, après avoir étudié le lac et et le ciel pendant quelques secondes, décida :-On traverse. Le vent nous poussera, ce sera parfait.Trois aigles planaient dans le ciel sans nuage. Un vol de canards tournait très haut de l'autre côté du lac. Quelques-uns se rapprochèrent et je reconnus des malarts et des souchets. D'autres espèces plus petites, sans doute des sarcelles d'hiver ou d'été, plongeaient et passaient en formation serrée autour des roseaux, laissant voir en un éclair les plumes blanches sous leurs ailes quand elles faisaient demi-tour d'un même mouvement. Qu'est-ce qui avait bien pu les déranger ? Je le compris quand je vis dans le lointain deux canots près des roseaux. « Ces gens chassent-ils ? » demandai-je, mais Sahain, après avoir jeté un regard dans leur direction, me répondit : « Non, ils empoisonnent le poisson. Ils viennent de Qubur le village où nous allons déjeuner. Pressons-nous, il faut traverser avant que le vent ne devienne plus fort. » Nous avions à peu près traversé la moitié du lac quand il me cria : « Prépare ton fusil Sahib. » Il me montrait du doigt sur notre gauche plusieurs centaines de foulques noires serrées les unes contre les autres. Pendant que nous les observions, un aigle passa au-dessus d'elles avant de descendre soudain, mais elles l'obligèrent à reprendre de la hauteur et à s'éloigner en battant l'eau de leurs ailes, de telle sorte qu'il s'éleva comme le poudroiement d'écume d'une vague qui se brise. » Gilles A. TIBERGHIEN Notes sur la nature, la cabane et quelques autres choses.- Le Félin, 2005Cote : 111.85 THILa cabane est un lieu de contradictions où coexistent le haut et le bas, l'ouvert et le fermé, le mobile et l'immobile, le jeu et le sérieux, la vie et la mort. Réflexion philosophique sur ce mode d'habitation qu'est la cabane, et sur le rapport à la nature qu'il fait naître, ces notes ont commencé d'être écrites dans une cabane lors d'un séjour dans le Vermont, aux Etats-Unis. Elles sont nées de la lecture des œuvres de Henri-David Thoreau, Walt Whitman, Ludwig Wittgenstein. André VINAS A la recherche d'Etangs perdus / photographies de Didier Leclerc ; préface de Pierre Bosc - Ed. de l'Envol, 1993Cote : E 844.914 VINNé de sa passion des étangs, inspiré par l'œuvre de Gaston Bachelard, cet essai analyse quelques grandes œuvres romanesques du 19è et du 20è siècle, inspirées par les étangs, « ces eaux que l'on dit mortes ».La première partie de cet ouvrage décrit, au travers des paysages et du monde des cabanes, ce qui constitue la civilisation des étangs. André VINAS Mythique golfe des lagunes, article paru dans le tome 4 des Cahiers du CERM, 2002Cote : 909.04 CEN