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La Peur, Matamore

Savoir plus et réserver
 

Voici un livre intime sur la passion douloureuse et débordante, entendez l'aficion, l'amour de la corrida, et sur le ressort secret de cette passion, la peur, ou plutôt le désir de jouer avec la peur, dont Matamore, affabulateur, fanfaron, est la métaphore.
Nous lisons avidement le journal d'aficion de Denis Podalydès, comédien, fouillant la racine de la vocation de ses toreros modèles, Joselito Adame, jeune torero mexicain, éperdu d'amour, "oublié devant les taureaux", et José Tomas, l'idéal artistique, inaccessible, absent à lui-même, absolument juste, ignorant la peur, en proie à une autre peur qui trouverait à s'apaiser dans la proximité du taureau; José Tomas, immobile dans l'arène rugissante, chavirée d'émotion.
Avec ironie et sans aucune concession pour lui-même, Denis Podalydès creuse sa passion, difficile à partager, gauche, emportée. Il évoque ses tentatives pour endosser le rôle du torero, l'imitation à laquelle le porte sa nature de comédien, le torero de salon, avec son petit neveu Nino, index d'enfant dressés sur le front, ou sa femme Rose, à son corps défendant. Jusqu'au jour où il est invité par le torero français Grégoire Taulère à "tienter" une vachette. Il ne peut se soustraire à la confrontation, devant les amis, la famille réunis. Face à la vachette, le geste de protection, réflexe de peur irrésistible, suffit à trahir sa présence derrière le leurre; il se fait bousculer à plusieurs reprises. Plus de peur que de mal...L'identification au torero modèle est impossible.
Dans ce cheminement autour de sa passion, se dressent tous les visages de la peur, le socle viscéral, la peur enfantine du monstre, du cheval, qui bute sur l'angoisse de mort, et la peur incarnée par les habits baroques de Matamore, qui à s'enfle et ouvre à l'inverse un vaste espace pour improviser et jouer.
L'écriture "Matamore" de Podalydès, exagérée, étirée à l'image d'une suite de passes, est un bonheur de lecture(*) que l'on a tout de suite en bouche et que l'on voudrait clamer à voix haute. Le journal se clot sur cette corrida de José Tomas à Nîmes, en septembre 2007; "je le regardais, je le considérais"; dans cet écart, passe le songe. Dans ce regard du spectateur porté au centre de l'arène, ce spectateur immobile et solitaire, apparemment passif, s'étire la cavalcade des pensées, le bouillon des émotions. La corrida, matière à penser ? (ED)

 

 

*Pour ce bonheur, on lui pardonne volontiers quelques pages assassines sur Mauguio

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