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Publié le : 27/11/2018

A son image de Jérôme Ferrari

Auteur : Jérôme Ferrari
Editeur : Actes sud Arles
Publié : 2018
Type de document : Livres adultes
Cote : r fer
Résumé : Par une soirée d’août, Antonia, flânant sur le port de Calvi après un samedi passé à immortaliser les festivités d’un mariage sous l’objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan, jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures d’ardente conversation, la jeune femme, bien qu’épuisée, décide de rejoindre le sud de l’île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin : elle est tuée sur le coup. L’office funèbre de la défunte est célébré, mais dans la fournaise de la petite église, les images déferlent de toutes les mémoires, reconstituant la vie d’Antonia...
Adultes

A son image renvoie celle d’un monde désespérément noir et plombé, porté par la beauté d’une plume majestueuse, adepte de longues phrases comme des salves de mots incessants. L’on y entre sur les pas d’Antonia la photographe corse qui sort d’un reportage de mariage pour n’en plus revenir, un banal et stupide accident de voiture et de falaise au bout d’une nuit blanche. C’est son oncle et parrain qui officiera la messe de son enterrement, point d’ancrage final du récit dans une narration qui semble débridée mais ne perd pas le lecteur, à base de retours en flash-back (et d’avancées en contre flash-back). Un parrain devenu prêtre sur le tard, très proche d’Antonia au cours de sa vie, qui a initié sa passion pour la photographie en lui offrant son premier appareil pour ses 14 ans. Jeune adulte, elle sera photographe insatisfaite d’être cantonnée à un rôle d’observatrice du quotidien corse manquant d’envergure en dehors de leur village natal. Elle rêvera d’aller voir ailleurs, de liberté, de Yougoslavie.

Les éléments se mettent en place naturellement dans un puzzle où se mêle tout à la fois la photographie de guerre et de quotidien, guerre de scission entre nationalistes corses du FLNC, mais aussi guerre en Yougoslavie, ou religion. A son image semble questionner la photographie dans son rapport à la vie et à la mort. « Sur les photographies, les vivants mêmes sont transformés en cadavres parce qu’à chaque fois que se déclenche l’obturateur, la mort est déjà passée ». Les biographies de deux photographes méconnus du début du siècle dernier (Gaston Chéreau et Rista Marjanovic) – « ou plutôt leur contreparties fictives » surgissent dans la narration et élargissent le propos à l’image de guerre : « car en 1969, on ne peut plus ignorer que ce jour-là, sous la tente d’un hôpital de campagne, au bord du cimetière bleu de la Méditerranée, il n’a pas seulement pris la photo d’un soldat famélique à l’agonie (en 1915) mais qu’il a capté une fois pour toutes, en une seule image saisissante, le visage du siècle ». Une vision générale sur le monde et ses guerres (et en filigrane l’impact de l’image de guerre), qui m’a semblé pessimiste, limite aquoiboniste. On pourrait y objecter que selon certains (dont Harrari), il y a tout de même de moins en moins de guerres dans le monde.

Françoise BLANDIN

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