La Centrale (auteur : Elisabeth Filhol) mérite d’être lu pour deux raisons au moins : la densité du récit et l’originalité du sujet. Et pourtant, c’était mal parti. Le style, au début, je n’ai pas accroché du tout. Des phrases courtes, hachées. Sans verbe. Style percutant. Comme ça. Vous voyez ce que je veux dire ? Et même si le contexte le justifie (on suit les pensées du narrateur, qui par définition ne suivent pas une chronologie parfaitement linéaire et ne font pas systématiquement des sujet-verbe-complément), cela m’a tout d’abord agacé prodigieusement.
Alors pourquoi viens-je faire ici l’éloge de ce livre ? Parce que les deux raisons que j’ai évoquées en préambule ont largement emporté le morceau. Le livre, sur 120 pages à tout casser, nous emmène en effet dans des territoires largement ignorés par la littérature française : les centrales nucléaires et la maintenance de ses réacteurs, et le sous-prolétariat des travailleurs intérimaires auquel appartient le narrateur, dernier maillon de la sous-traitance en cascade, voyageant de chantier en chantier, vivant dans une caravane co-louée avec des camarades que l’on retrouve au gré de ses pérégrinations. Sous-prolétariat ? Oui, on ne peut s’empêcher de penser à ce terme quand Elisabeth Filhol nous décrit ces hommes comme de la chair à canon allant vendre son corps pour prendre chaque année la dose de radioactivité légale. Je rends ici grâce à l’auteur pour sa description saisissante et pleine de respect du travail accompli par ces travailleurs, de leur rythme de vie impossible, du danger qu’ils encourent, de la manière dont ils s’en accommodent tant bien que mal.
Et puis il y a la Centrale. C’est un personnage à part entière dans le livre, un monstre imposant et mystérieux. Elisabeth Filhol, par l’intermédiaire de son héros (car oui, c’est bien un héros), nous fait pénétrer dans la gueule de ce monstre, dans les zones successives à l’accès de plus en plus restreint, jusqu’au cœur, le réacteur, la zone interdite, sauf pour ces hommes qui s’y succèdent par tranches de quelques minutes le temps des opérations de maintenance (et le temps de prendre leur dose de millisieverts). Manifestement, Mme Filhol est très bien documentée sur le sujet et ce n’est pas le moindre intérêt de son livre, qui pourtant reste toujours accessible.
Alors bien sûr, moi qui adore les gros pavés, sur le coup je n’ai pas pu m’empêcher de rester un peu sur ma faim une fois la dernière page tournée (120 pages seulement, je le rappelle). Mais en fait, je m’aperçois maintenant que c’était une erreur, car aussi court qu’il puisse être et alors que je l’ai terminé il y a plus d’un mois et que j’ai lu plusieurs autres livres depuis, il continue de me poursuivre et j’y repense très souvent.
Un livre original que je recommande donc chaudement, vous le lirez en 2 jours (voire moins) mais il vous trottera longtemps dans la tête…
Nathalie Chancel
Commentaires
Pour plus d'infos sur le
Poster un nouveau commentaire