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Le lièvre de Patagonie : Mémoires avec un grand M

Je vais être franche, j’abordais ces mémoires de Claude Lanzmann avec un mélange d’impatience et d’appréhension. D’impatience car Lanzmann est l’auteur du plus grand coup de poing dans la gueule (passez-moi l’expression) que j’aie reçu dans ma vie, à savoir Shoah que j’ai vu à sa première diffusion à la télévision, je devais avoir 14 ou 15 ans. D’appréhension car par ailleurs, je n’avais a priori pas de sympathie excessive pour l’homme (euphémisme), a priori provenant principalement de ses tribunes diverses et variées publiées dans le Monde, allant de sa manière d’estimer que lui seul possède la capacité de parler correctement de l’Holocauste à ses jugements à l’emporte-pièce sur les « intégristes obtus de l’écologie » (une tribune sur les transports à Paris). Son caractère arrogant, son côté « j’ai tout fait, je suis allé partout » m’agaçaient prodigieusement… oui mais, Lanzmann , c’est Shoah, l’éveil de ma conscience. Alors oui, il fallait que je lise Le lièvre de Patagonie.
Bon, alors, si vous ne supportez pas l’autosatisfaction, ne lisez pas ce livre : sur ce point, Claude Lanzmann reste fidèle à lui-même, indécrottablement content de lui et de son œuvre, fier de ses engagements, sûr de l’empreinte indélébile qu’il laissera au monde. Mais après tout, après lecture, on se dit qu’il n’a pas tort. Car, il faut le dire, Lanzmann a vraiment tout fait et est vraiment allé partout. Et encore, on sent qu’il ne raconte pas tout et que le livre aurait pu sans problème être deux fois plus épais… Sur ces 500 et quelques pages, j'ai pu un peu mieux comprendre ce qui avait rendu cet homme si sûr de son fait et de ses convictions. Quant à sa fierté, maintenant, je l’accepte, même si elle m’agace, car elle est légitime.
Après quelques chapitres liminaires qui m’ont parus un peu pompeux et convenus, je l’avoue, je me suis plongée avec délices dans son passé de résistant (la Résistance en Auvergne : un nouveau sujet de lecture à creuser pour moi !), ses souvenirs avec ses parents, tour à tour forts, charmants, émouvants.
Le livre part parfois en digressions, anecdotes futiles ou charmantes, mais il est ensuite, pour la trentenaire que je suis, une découverte extraordinaire sur les dessus et les dessous de la vie intellectuelle parisienne des années 50 et 60. J’ai découvert Sartre (qui était pour moi, surtout, un homme qui s’était beaucoup trompé), redécouvert tout le bien que je pensais de Simone de Beauvoir… Claude Lanzmann devient carrément bouleversant quand il évoque le destin de sa sœur Evelyne Rey, ou encore sa rencontre furtive et inoubliable avec une infirmière en Corée du Nord.

Quand, enfin, dans les tous derniers chapitres, il aborde la préparation et la réalisation de Shoah, c’est évidemment passionnant. Et me donne envie de faire une demande à ma médiathèque préférée : j’ai Shoah en VHS, mais plus de magnétoscope depuis un bon moment (comme beaucoup de monde j'imagine...). Alors, à quand l’achat de Shoah en DVD ? Bon, ne le répétez pas, mais je viens de voir sur le site Internet de cette même médiathèque qu'elle avait Shoah le livre, alors j'arrive...
Nathalie Chancel.

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