Ce n'est pas une nouveauté dont je vous parle aujourd'hui, puisque ce livre a été écrit il y a un demi-siècle et a été publié en France en 1980. Mais j'ai été tellement impressionnée par ce livre qui est finalement très peu connu que j'aimerais qu'il sorte du cercle des initiés... Vie et destin est l'un des plus grand romans du XXe siècle. A la manière de Tolstoï, Grossman mêle la grande Histoire (la campagne de Napoléon en Russie pour Guerre et Paix, la deuxième guerre mondiale et plus particulièrement la bataille de Stalingrad pour Vie et Destin) et les destinées d'une galerie de personnages confrontés à ces sombres années.
Autant le dire tout de suite, ce livre se mérite ; d'abord par le nombre de pages (800 et quelques) ; surtout, parce qu'il s'agit en réalité de la suite d'un premier ouvrage intitulé Pour une juste cause, paru en 1952. Ainsi, dès les premières pages, on est bombardé de personnages dans la grande tradition de la littérature russe, avec des présentations réduites puisqu'on est censés déjà les connaître... mais une fois cet obstacle franchi (disons les 60 premières pages), on est littéralement emporté!
Ce qui fait toute la valeur de Vie et Destin est étroitement lié à l'évolution de la conscience politique de son auteur. Vassili Grossman fut d'abord un écrivain communiste convaincu. Mais les grandes purges staliniennes de 1937 d'abord, son expérience de correspondant de guerre ensuite, qui l'a conduit de Stalingrad aux camps de concentration libérés par l'armée soviétique, ébranlèrent sa foi dans l'idéal communiste. De tout ce qui fait de l'union Soviétique un Etat totalitaire, Vassili Grossman ne passe rien sous silence : les famines organisées des années 20, les arrestations arbitraires, l'obligation de surveiller chacune de ses paroles et de ses fréquentations, les camps de prisonniers, l'antisémitisme sournois, tout est admirablement évoqué au travers des destins des personnages du livre. Sans mettre sur le même plan le stalinisme et le nazisme, il montre que les deux totalitarismes ont souvent les même conséquences. On comprend pourquoi le livre, achevé au début des années 60, n'a pu paraître qu'en 1980, en Europe occidentale, après avoir été miraculeusement sauvé de la destruction...
Les livres évoquant la deuxième guerre mondiale ne manquent pas, mais celui-ci se distingue par son audace, son ampleur et son souffle. Il est admirablement écrit ; on a envie d'en recopier des passages entiers. Surtout enfin, ce qui distingue Vie et Destin des Bienveillantes par exemple, où il est difficile de ressentir de la sympathie pour son héros (c'est un euphémisme), c'est que Grossman est constamment en empathie avec tous ses personnages. Vassili Grossman a foi en l'Homme, envers et contre tout, et son optimisme illumine son oeuvre malgré la noirceur de son sujet.
Je ne saurais que trop conseiller à tout ceux qui ne connaissent pas encore ce livre de le découvrir, sans se laisser rebuter par la taille du pavé... vous ne le regretterez pas!
Commentaires
Malgré la complexité du
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